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L'hélicoptère monétaire

L’hélicoptère monétaire

Bien que Milton Friedman ait inventé l’expression « Hélicoptère monétaire » en 1969, elle n’est devenue populaire que vers 2008-2009, en raison de l’utilisation répétée de cette expression par Ben Bernanke, alors président de la Fed. Après être entrée dans la conscience publique, l’expression est devenue un pilier du discours économique moderne. Elle fait référence au versement direct de capitaux provenant du budget du gouvernement central aux communautés et aux individus appauvris. Dans les faits, il s’agit d’un don d’argent pouvant être dépensé librement pour l’achat de biens de consommation par ceux qui, auparavant, ne pouvaient pas se le permettre.

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La raison pour laquelle il convient d’en parler à ce moment précis est le plan d’assouplissement quantitatif récent proposé par le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, pour aider. Son principal objectif est d’empêcher l’économie de sombrer dans la récession. De nombreux dirigeants politiques dans le monde se souviennent encore très bien des conséquences difficiles de la crise des prêts hypothécaires à risque. C’est pour cette raison que la prévention de toute tendance négative potentielle suggérée par les indicateurs macroéconomiques est une priorité pour eux. Les banques centrales semblent aujourd’hui à court d’idées et beaucoup se tournent vers les solutions gouvernementales.

Jusqu’à présent, l’augmentation de la masse monétaire par les banques centrales grâce à l’assouplissement quantitatif semblait être la seule option viable. Au cours des dix dernières années, la croissance économique de la plupart des pays développés a effectivement été maintenue en vie par les politiques monétaires des banques centrales. Aujourd’hui, même cela s’avère insuffisant. Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a souvent souligné que l’achat en masse d’obligations d’entreprises et d’État était un effort futile. En partie parce que cet argent ne va pas directement dans l’économie réelle, mais plutôt dans d’autres actifs financiers. Cela signifie en fin de compte que les banques centrales ne disposent pas nécessairement des outils nécessaires pour empêcher une nouvelle crise financière de se produire.

Ce qu’est l’hélicoptère monétaire

Cela nous ramène à l’idée de l’hélicoptère monétaire. Le concept de base est que le gouvernement libère des obligations que la banque centrale du pays achète. Le gouvernement distribue ensuite les bénéfices ainsi acquis sous forme de prestations sociales. Ces prestations visent principalement les segments de la population ne disposant pas d’un revenu disponible suffisant pour acheter des biens de consommation. L’idée est que si l’on donne ces fonds aux personnes se trouvant au bas de l’échelle des revenus, il est plus probable que ces dernières les dépensent, plutôt que de les économiser. En théorie, ces dépenses stimuleraient les ventes au détail et permettraient ainsi aux entreprises de se développer. Dans un sens, cela étend le soutien économique fourni par les banques centrales des seules entreprises à la population générale.

Le plan allemand consiste à distribuer 50 milliards d’euros (environ 55 milliards de dollars américains) à la population. Ce montant correspond à l’excédent budgétaire du gouvernement allemand. Il s’agirait donc de redistribuer ce montant aux consommateurs du marché intérieur. À première vue, cette solution semble viable, mais dans la pratique, elle ne contribuerait que très peu à enrayer une véritable récession. Cette insuffisance a poussé les politiciens à explorer les possibilités d’autres mesures de relance. L’une de ces options, qui suscite beaucoup d’attention, est une version améliorée de l’hélicoptère monétaire que les traders appellent le revenu de base universel.

L’un des principaux partisans de cette proposition est l’économiste Stephanie Kelton. Elle est connue pour son travail sur la théorie monétaire moderne. Elle est également conseillère économique auprès de représentants du Congrès et de la Chambre des représentants. Le concept de revenu de base universel est au mieux controversé, au pire une utopie. Malheureusement, la liste des outils potentiels pour prévenir une récession est si courte que le revenu de base universel n’a pas encore été totalement écarté.

Les alternatives à l’hélicoptère monétaire

Le développement technologique rapide pourrait également présenter une alternative possible. La popularité croissante et la propagation des systèmes basés sur la chaîne de blocs et des monnaies numériques n’ont pas seulement attiré l’attention des banques et des grandes entreprises. De nombreuses personnes occupant des postes de pouvoir gouvernemental s’y intéressent également. La Chine est l’un des pays étudiant de près la possibilité d’introduire une monnaie numérique nationale. Ceci est pertinent pour le concept d’hélicoptère monétaire. Si l’on veut suggérer sérieusement un revenu de base universel, l’une des options pour le réaliser serait une solution numérique au lieu d’une monnaie réelle. Sur le papier, cette version est théoriquement réalisable sans les problèmes évidents de flux de trésorerie dont le plan souffrirait autrement. L’émission d’une monnaie numérique pourrait également maintenir le coût du financement de la dette nationale à un niveau gérable. En théorie, le risque d’inflation de la monnaie nationale est moindre. L’inflation présente également le risque de dévaluer l’épargne.

Autres solutions

Il y a encore beaucoup de travail à faire avant qu’une telle proposition soit un tant soit peu prête à être examinée. D’ici là, les dirigeants politiques n’ont encore que les méthodes classiques de prévention de la récession. Le président Trump, par exemple, a déjà suggéré de réduire les charges sociales. Pendant ce temps, l’Allemagne a annoncé qu’elle prévoyait de réduire l’impôt sur les sociétés. Le Japon a également une autre solution alternative qui pourrait presque être considérée comme un système hybride. La Banque du Japon soutient les dépenses gouvernementales en achetant constamment des obligations d’État afin d’injecter des liquidités.

En pratique, leur solution consiste en un système de stimulation économique centralisé et un taux d’intérêt de base négatif, ce qui signifie que les obligations d’État rapportent moins d’argent à l’échéance que ce pour quoi elles ont été achetées. Cela permet de maintenir l’inflation à un faible niveau et signifie également que la dette publique représente 240 % du PIB. Selon les théories économiques conventionnelles, le Japon est un pays au bord de la faillite, mais cela ne semble pas être le cas en réalité.

Devrions-nous peut-être commencer à nous préparer à un nouveau système économique et politique dans lequel les obligations d’État ne constituent pas la référence en matière d’investissement sûr ? Un monde où les taux d’intérêt commencent par un moins et où les banques centrales nous encouragent à dépenser en imprimant de l’argent sans fin ? Le temps nous le dira.